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samedi 10 décembre 2016
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Jean Zay : un modèle oublié ? Exemplaire, courageux, ambitieux, martyre...

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Une exposition inaugurée par la LDH en présence des élus du conseil Municipal Anne Chwaliszewski et Marie-Rose Briot

Une exposition inaugurée par la LDH en présence des élus du conseil Municipal Anne Chwaliszewski et Marie-Rose Briot

Mardi soir, la section locale de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) avait le plaisir d’inaugurer une exposition consacrée à Jean Zay, ancien Ministre du Front Populaire et des Beaux Arts assassiné à l’âge de 39 ans, probablement victime d’une cabale  dont il mettait en lumière la médiocrité par son talent.

C’est donc avec un plaisir légitime et non dissimulé que la présidente de la section locale, Michèle Perrin a lancé les réjouissances à l’Espace Tilleul, présentant en quelques mots ce grand homme pourtant oublié d’une nation à laquelle il a tant (tout ?) donné. Très jeune ministre radical de l’Education nationale et des Beaux-Arts du Front populaire, il créa entre autres le Festival de Cannes, le musée de l’Homme ou le musée d’Art moderne ; organisa l’Exposition universelle de 1937, lança la Cinémathèque française, rénova le Bibliothèque nationale, fit restaurer le château de Versailles et la cathédrale de Reims ; fonda le CNRS, instaura l’obligation scolaire jusqu’à 14 ans, l’éducation physique et la médecine préventive à l’école, et qui inventa l’ENA.

Ce grand républicain, dont Léon Blum disait que « tout en lui respirait la noblesse de la pensée, le désintéressement, la loyauté, le courage, l’amour du bien public », est dans un angle mort de la mémoire nationale. A force de dénigrement mensonger, il a été poussé dans l’oubli par une extrême droite maurrassienne qui haïssait l’homme de gauche, le ministre réformateur et, bien sûr, le Juif. Accusé en 1940 de désertion avec Pierre Mendès France et Georges Mandel parce qu’il avait rejoint le Maroc à bord du Massalia pour résister, emprisonné, jugé par un tribunal militaire aux ordres de Vichy, diffamé, spolié, Jean Zay fut lâchement assassiné par la milice en juin 1944 après le débarquement allié.

Le décor est planté ! Quel « palmarès » pour un homme disparu à quelques mois de son 40éme anniversaire. Un bilan à faire pâlir de honte bien des hommes politiques de notre temps, vous en conviendrez… Mais comme le précisait Roland Goujard par l’intermédiaire de son épouse Laurence, couple instigateur de cette exposition, une question s’impose : « pourquoi la reconnaissance de la France envers cet homme brillant intervient-elle si tardivement alors que nous sommes maintenant en 2015 ? (…) Gérard Boulanger, lui, défenseur des parties civiles durant les 23 années que dura l’affaire Papon, répondra à la fin de son essai « L’affaire Jean Zay ou la République assassinée », qu’à force de dénigrement mensonger, Jean Zay a été poussé dans l’oubli par une extrême droite maurissienne qui haïssait l’homme de gauche, le ministre réformateur et, bien sûre, le juif ! »… (Qui n’en était pas un « sur le papier », sa mère était protestante !)

Et de poursuivre : « Pour ce qui me concerne, il est un acte essentiel qui m’a fait aimer cet homme : sa démission de son poste de ministre pour son engagement au sein des armées, et ce dès les premières heures du conflit de la 2ème guerre mondiale. Ce fait est d’autant plus important que ses détracteurs lui reprochent un texte écrit en 1924 « Le drapeau » dans lequel il attaque le drapeau non pas en tant que symbole national mais en tant que synonyme de fin tragique pour des millions d’hommes de toutes les nations lors de la Grande Guerre ». S’il n’avait pas respecté le drapeau, pourquoi l’aurait-il rejoint si vite en des circonstances tragiques alors que son statut pouvait lui permettre sinon d’éviter, du moins de différer cet acte ? ».

Une démission ferme, pleine de panache, digne d’un homme droit dans ses bottes, fidèle à ses convictions, qui ne sera jamais un laqué, un sbire et finira par le payer, par payer son honnêteté. L’adjointe à la culture, Anne Chwaliszewski, après avoir évoqué ce qu’a apporté Jean Zay à la France, rappellera que le plus tragique de la vie de Jean Zay, outre sa mort, fut sans doute le rejet, les attaques injustifiées et les quolibets dont il fera l’objet de la part de la société civile comme d’autres élus. Sans doute ces derniers tentaient-ils d’éclipser la lumière d’une étoile qui révélait avec trop d’évidence leur propre médiocrité ?… Mieux vaut éliminer les brillants pour ne pas paraître trop minable après tout.

Et l’adjointe à la culture de conclure : « (…) Plus que jamais, réaffirmons notre désir d’une éducation populaire de qualité. Au nom de Jean Zay, au nom des professionnels engagés au service de la jeunesse et de la culture, osons, nous élus, une politique courageuse et volontariste qui permette à chacun de se construire et de se protéger des obscurantismes et des fanatismes. Je terminerai par une citation de celui à qui nous rendons hommage : « Ceux qui voudraient troubler la sérénité de l’enseignement n’ont pas leur place dans les écoles, lieux qui doivent rester l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas. » Vive la culture à Gérardmer ! »

 

Exposition visible tous les jours de 14 h à 18 h à la salle Degas de la médiathèque du Tilleul du 11 au 15/11/2016

Entrée libre




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