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dimanche 18 nov 2018
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L’utopie ou la mort : l’émancipation par le blocage. Communiqué

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Aujourd’hui les étudiants et les étudiantes de Nancy, de la fac de lettres mais aussi d’autres universités et établissements (droit, IECA, ESPE, Sciences…) se sont réuni.es. Plus de 1000 personnes dans un amphi pour une AG de presque 4heures. Les débats ont été longs et éprouvants, pour la simple et bonne raison que de très nombreuses personnes ont donné leur avis : pour ou contre le blocage. La très grande majorité des personnes présentes étaient contre le Plan étudiant mais en désaccord avec les modalités de mobilisation. Les arguments « contre » évoquaient le ‘droit à l’accès aux cours’ et la nécessité pour les personnes de passer leurs examens. Les personnes en faveur du blocage portaient leur discours sur la prise de conscience des étudiant.es de la gravité de cette loi et sur les précédentes AG ayant rassemblé environ 300 personnes. Cette fois-ci, nous étions 1100. Beaucoup d’autres arguments ont été évoqués. Etant favorable à ce blocus, nous allons expliquer les principaux arguments ‘pour’ le blocage, les ayant moi-même exprimés. Cependant nous invitons les personnes qui ont des arguments ‘contre’ le blocage à les diffuser sans nous dévaloriser, ni partir du principe que nous sommes des ‘’feignasses’’ ne voulant pas aller en cours… Il est beaucoup plus facile et moins épuisant d’aller en cours que de se mobiliser jour après jour, pour une vie et un avenir meilleur.

– Nous ne luttons pas contre les étudiant.es qui souhaitent aller en cours, nous luttons pour que tout.es les étudiant.es et futur.es étudiant.es puissent y avoir accès. Une phrase a été prononcée en ce sens : « Lorsque mes enfants me demanderont pourquoi ils ne peuvent pas aller à la fac alors qu’ils en ont envie, je n’ai pas envie de leur répondre : ‘’désolé, j’avais des examens’’ »

– Aucun droit social n’a jamais été obtenu sans se battre, aucun droit ne tombe du ciel. Si en 68 les étudiant.es ne s’étaient pas mobilisé.es, n’avaient pas demandé plus de droits, n’avaient pas lutté pour l’ouverture des facs à tou.te.s, nous serions très nombreux et nombreuses à ne pas du tout avoir accès à l’université aujourd’hui.

– Ce mouvement ne concerne pas seulement Nancy, il concerne toute la France. Plus d’une vingtaine de facs sont bloquées : Toulouse, Montpellier, Lilles, Bordeaux, Nanterre, Lyon, Paris, Saint-Denis, Dijon, Nantes, Rennes, Tours, Poitiers, Pau et Grenoble… Sont également mobilisé.es : les cheminots, les magistrats, le personnel hospitalier, les enseignant.e.s, les sidérurgistes, les retraité.e.s, les EHPAD, différents organismes sociaux, la RATP, les personnels EDF, les personnels d’Air France, la fonction publique etc…

– Aujourd’hui nous ne nous battons pas seulement contre le Plan étudiant mais nous nous battons contre une idéologie mortifère de privatisation générale, contre la réduction de tous nos droits, contre la dégradation de nos conditions de vie et de notre avenir.

– En bloquant, nous devenons visibles, l’AG d’aujourd’hui et le nombre de personnes rassemblées ne manquant pas de nous le confirmer. Grâce à cela, nous avons discuté du contenu du Plan Etudiant et permis, via un long dialogue, d’arriver à un vote en toute conscience, pour ou contre ce blocage. Après trois heures de débat, bon nombre de personnes au départ défavorables à la poursuite du blocage, ont changé d’avis. Le dialogue, la concertation, l’échange sont primordiales.

– Depuis jeudi à la fac nous organisons des ateliers, des conférences, des discussions, des débats autour de nombreux sujets : domination par le langage, politique générale de Macron, débat sur la loi Vidal, écriture et enregistrement d’une chanson, ciné-débat… Ce que nous avons déjà commencé à faire depuis deux mois en occupant une salle unique à la fac (plusieurs profs et étudiant.es sont venu.es animer des discussions), nous avons eu la possibilité de le généraliser, de continuer ce que nous avons commencé. Et osons croire qu’avec cette énergie et cette émulation, nous contribuerons à rendre accessible culture, savoir, réflexions et autres formes de connaissance. La fac ne se ferme pas à son environnement, au contraire nous cherchons à lui redonner vie.

– Nous invitons donc toutes les personnes qui n’ont pas cours et qui ont peur pour les examens à venir se mobiliser pour négocier avec leurs enseignant.e.s et personnes référentes afin que la fin

d’année se passe convenablement pour tout le monde et que chacun.e réussisse ses examens. Chacun et chacune est invité.es à se réapproprier ce mouvement.

– A ceux et celles qui pensent que nous ne sommes pas légitimes parce que nous ne sommes pas tous réuni.es, nous rappelons que moins de 200 personnes ont voté aux élections administratives hier. Logique, quand on sait que seulement 4 étudiant.es sont représenté.es au Conseil d’Administration pour le double de personnes extérieurs à la fac.

Pour finir, les étudiant.es en luttes ont proposé plusieurs revendications qui, compte tenu de la longueur de l’AG et de l’importance qu’a pris la décision de poursuivre ou non le blocage, n’ont pas été votées. Cependant nous les publions dès à présent car elles tiennent à cœur aux étudiant.es en lutte depuis le mois de décembre :

– La démission du président de l’Université de Lorraine actuel, favorable au Plan Etudiant et à la sélection. Nous n’estimons pas cette personne légitime à la prise de décisions déterminantes pour nos vies, notre avenir (cette personne unique, pour laquelle nous n’avons jamais voté).

– Nous sommes contre toute forme de sélection, contre la loi Vidal.

– Nous réclamons le libre accès à toutes et à tous à l’université, sans distinction de classe, de genre, de couleur, d’affiliation politique, d’âge, bref la fac pour tout.es en tout temps.

– Nous voulons également que les bâtiments publics (en dehors de la fac) soient aménagés pour être accessibles à toutes et à tous et toutes y compris les personnes en situation de handicap, visibles et invisibles.

– Nous sommes contre la suppression des TD, des postes de profs, du personnel administratif et la précarisation de toutes les personnes qui travaillent ou étudient à l’université.

– Nous en avons assez des inégalités entre étudiant.es. A la fac de Lettres de Nancy, 55% des étudant.es ont un travail salarié et peu obtiennent le statut d’étudiant-salarié. Cette situation créé de fait des inégalités entre ceux et celles qui sont obligé.es de travailler, et les autres. Nous revendiquons donc un salaire étudiant pour toutes et tous, reconnaissant ainsi notre travail.

– Pour en arriver là, nous revendiquons une augmentation des budgets de l’enseignement supérieur.

– Nous réitérons le fait que nous ne voulons pas de fachos dans nos facs, que nous sommes contre les répressions fascistes et policières qui ont eu lieu partout en France, blessant de nombreux et nombreuse étudiant.e.s. Nous déclarons aussi que les personnes ayant appelé à la violence lors du vote, ne « débloqueront » pas par la force. Ici, nous apostrophons le syndicat UNI. Fachos, hors de nos facs !!

Aujourd’hui, s’est passé quelque chose qui n’était pas arrivé depuis des années à Nancy : plus de mille personnes se sont réunies pour débattre et se sont soulevées contre un gouvernement. Cette journée fait maintenant partie de l’histoire, de notre histoire. 50 ans après mai 68, le mouvement n’est pas fini et n’est pas près de s’arrêter. Le gouvernement doit et va reculer. Partout bloquons, partout faisons grève, partout manifestons, partout créons et enfin partout vivons !!

La fac, la ville, la campagne est à nous, reprenons le contrôle de nos vies, décidons nous-mêmes de notre avenir !

En ce sens, nous déclarons avec joie l’ouverture de l’Université Populaire du sapin de Nancy 2.

Unissons-nous, rejoignez-nous.

Les étudiant.es Nancéiens en lutte.




5 réactions sur “L’utopie ou la mort : l’émancipation par le blocage.

    1. lamisol

      Ben oui, c’est très bien la fac pour tous.
      Tu peux presque y faire carrière.
      Pendant ce temps, on ferme des sections de BTS ou même des lycées professionnels qui donnaient des qualifications aboutissant à une embauche en entreprise.
      La France est un pays de cols blancs et souvent certains secteurs de l’industrie peinent à recruter du personnel qualifie.
      On ne peut pas toujours être contre le « plombier polonais » si nous n’avons plus les formations nécessaires aux emplois que nous disposons.
      Je suis toujours un peu étonné d’entendre un président d’université, à la rentré de septembre dire que la bonne moitié des étudiants dans certaines disciplines (médecine par exemple ..) n’ont pas les capacités suffisantes pour obtenir une qualification, un diplôme après un cursus normal.

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      1. jmv

        Onmarchesurlatete.

        La sélection est tellement difficile en médecine que seulement 15 % des étudiants ( 13 000 environ ) obtiennent le sésame pour passer en deuxième année.
        Dans le même temps par faute de médecins français et d’un numerus clausus trop étriqué, 30 000 praticiens étrangers officient dans nos cabinets et hôpitaux .
        Cerise sur le gâteau, parmi ceux-ci se cachent quelques faussaires exerçants sous des identités ou diplômes bidons.
        Cela est tellement grotesque que je ne crois pas cela possible sans une demarche politique volontaire initiée par les technocrates de l’UE .

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  1. Alexis Martin

    J’ai arrêté de lire à « se sont réuni.es. », mes yeux saignent à chaque fois qu’ils survolent un texte avec de l’écriture inclusive.

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