Search
mercredi 26 jan 2022
  • :
  • :

Benoît Duteurtre : sa vie extraordinaire a un petit parfum de sapin vosgien…

Linge de maison des Vosges à Gérardmer
image_pdfimage_print

DUTEURTRE Benoît photo 2018 Francesca Mantovani - éditions Gallimard 5932R

Et dans son cas, c’est plutôt bon signe ! Son dernier ouvrage qui compose désormais un triptyque autobiographique avec Livre pour adultes, les pieds dans l’eau et L’Eté 76 fait souvent allusion aux Hautes Vosges à travers des souvenirs d’enfance ou un présent qui lui inspire parfois de vives critiques…

Pour les profanes, Benoît Duteurtre a plus d’une corde à son arc : si la plume a sa préférence, l’écrivain a brillé et brille encore en qualité de journaliste et producteur de radio. Grand passionné de musique et Normand d’origine, il est né à Sainte-Adresse (76) en 1960 et a passé une bonne partie de sa jeunesse dans le secteur du Valtin, non loin de Gérardmer et Xonrupt-Longemer qui ne lui sont pas étrangères, cela va sans dire… Avec son roman Ma Vie Extraordinaire, il prolonge d’une certaine manière un cycle autobiographique en passant par la Lorraine, et plus précisément les Hautes Vosges (dont il n’a sans doute jamais été aussi proche, au propre comme au figuré) qui sont un peu le fil rouge de cet opus à travers les portraits saisissants qu’il brosse du grand-oncle Albert et de sa « tatie des Vosges », Rosemonde. Tout cela semble avoir un arrière-goût de madeleine de Proust pour l’auteur, une madeleine savoureuse, sans doute légèrement parfumée à la mirabelle.

DUTEURTRE Benoît COUV Ma vie extraordinaireBenoît Duteurtre rend donc hommage à certains de ses aïeux et évoque sa jeunesse avec forcément un peu de nostalgie mais aussi d’humour dont il fait usage avec Justesse et pertinence. Et lorsqu’on lui gâche parfois sa madeleine et les moments de dégustation qui l’accompagnent, tel un lynx, il sort les griffes ! On évoquera ainsi le cas des motards, qui serpentent le long de la route des Crêtes et que l’auteur rhabille sévèrement pour l’hiver en introduction de son premier chapitre. Un passage qui, à travers un exemple sans doute frappant, dresse brièvement et brillamment le portrait d’une frange de l’humanité « où chacun est à la fois bourreau et victime ».

Rassurez-vous, les bikers bloquant le col de la Schlucht ne sont pas les seuls à se faire épingler et Ma vie extraordinaire ne se résume pas à un catalogue de ce qui fait sortir Benoît Duteurtre de ses gonds en période de vacances scolaires… Non, ce nouvel opus, ce sont également des souvenirs d’enfance, des portraits souvent tendres qui se dessinent au fil de rencontres, qu’elles soient mondaines, amoureuses, amicales ou professionnelles. Ce sont les rues de New York et Paris, car Benoît Duteurtre oscille entre deux mondes sur cet opus : l’un plus urbain, l’autre plus rural, vous l’aurez deviné…

C’est enfin le portrait d’un sexagénaire qui partage aussi ses passions, ses interrogations sur un monde qui change forcément, et enfin ses coups de gueule avec le recul d’un homme qui a déjà consumé avec plaisir la moitié de sa vie, et même un peu plus. Une introspection empreinte de légèreté mais pourtant pas dénuée de profondeur qui se lit avec délice et se lie à nos montagnes vosgienne. Rien de pompeux dans le titre de ce livre, mais plutôt du merveilleux pour qui veut bien s’y plonger sans à priori. Et tout cela est gratté avec verve et talent, alors pourquoi s’en priver au coin de la cheminée ?…

« Ma vie extraordinaire »

336 pages
Éditeur : Gallimard (11/03/2021)




4 réactions sur “Benoît Duteurtre : sa vie extraordinaire a un petit parfum de sapin vosgien…

  1. Michel

    Benoît a passé une bonne partie de sa jeunesse à Le Valtin pour être très précis , là où se trouve sa maison familiale.
    Précision importante pour nous les Valtinois .
    Merci de faire ce rectificatif.

    répondre
  2. Jacques

    J’ai lu son livre avec délectation il y a plus d’un mois, quelle vie extraordinaire, que de rencontres. Son amour pour les Vosges, qui n’est pas un vain mot, transpire dans toutes les pages. L’entame du livre, sa première page, la première phrase « regarde-moi ces connards », est un coup de gueule bien posé. On se promène dans toutes les régions du monde, et surtout dans les forêts vosgiennes. Une belle écriture, merci !

    répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.